Un patient diabétique dont la vision est parfaite peut avoir une rétinopathie déjà installée. Cette phrase résume tout l'enjeu du dépistage : l'absence de symptôme n'est pas une information rassurante, c'est une absence d'information.
Ce que le diabète fait à la rétine
Le diabète abîme les petits vaisseaux, et ceux de la rétine comptent parmi les plus fins de l'organisme. Il en résulte des microanévrismes, puis des hémorragies, et à un stade avancé la prolifération de vaisseaux anormaux, fragiles, qui peuvent saigner dans le vitré ou provoquer un décollement.
S'y ajoute l'œdème maculaire, un gonflement du centre de la rétine, qui est la première cause de baisse de vision chez le patient diabétique et qui peut survenir à tout stade, y compris précoce.
Le rythme de surveillance
Tous les deux ans si le diabète est équilibré, sans rétinopathie constatée, et sans facteur de risque associé. Un fond d'œil dilaté ou une rétinophotographie suffit.
Tous les ans dès qu'une rétinopathie existe, même minime, ou si le diabète est déséquilibré, ou si une hypertension artérielle y est associée.
Plus souvent dans trois situations qui méritent d'être connues :
- La grossesse. Une rétinopathie peut apparaître ou s'aggraver rapidement. Un examen est nécessaire avant la conception si possible, puis à chaque trimestre.
- L'intensification rapide du traitement. Une normalisation trop brutale de la glycémie peut, paradoxalement, aggraver transitoirement une rétinopathie existante. Un contrôle est justifié avant et pendant.
- Le diabète de type 1 découvert dans l'enfance, à partir de la puberté.
Ce que cela change pour une chirurgie
Si une chirurgie de la cataracte est envisagée (elle survient plus tôt chez le patient diabétique), l'état de la rétine doit être connu avant. Une rétinopathie évolutive doit être traitée en amont, la chirurgie pouvant l'aggraver. Un œdème maculaire doit être stabilisé, faute de quoi la vision ne remontera pas malgré une intervention parfaitement conduite.
C'est une déception que l'on peut éviter en informant le patient avant, plutôt qu'en la découvrant ensemble après.
Ce qui reste sous-estimé
Le premier traitement de la rétinopathie n'est pas ophtalmologique : c'est l'équilibre du diabète et de la tension artérielle. Aucun laser, aucune injection ne compense durablement un diabète mal contrôlé.
Les traitements ophtalmologiques existent et sont efficaces : injections intravitréennes pour l'œdème maculaire, laser panrétinien pour les formes proliférantes, chirurgie vitréorétinienne pour les complications. Mais ils interviennent sur des dégâts déjà constitués. Le fond d'œil régulier reste le seul geste qui permette d'intervenir avant.
Ce qu'il faut retenir
- Une rétinopathie peut être installée alors que la vision est parfaite.
- Tous les deux ans si tout va bien ; tous les ans dès la moindre atteinte.
- Grossesse et intensification rapide du traitement imposent un contrôle rapproché.
- Avant une chirurgie de la cataracte, l'état rétinien doit être connu et stabilisé.
Sources
Haute Autorité de Santé, dépistage de la rétinopathie diabétique, recommandations.
Société Francophone du Diabète et Société Française d'Ophtalmologie, référentiel commun.
Assurance Maladie, programme de dépistage de la rétinopathie diabétique.
Dr Emmanuel Halimi
Chirurgien ophtalmologue · RPPS 10100555084 · Ordre des médecins des Hauts-de-Seine n° 92/23003
Article rédigé et validé par le praticien.
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