Le principe, et sa conséquence
Un implant multifocal comporte plusieurs zones optiques concentriques, qui créent simultanément deux ou trois foyers. Votre cerveau sélectionne en permanence l'image nette et ignore les autres.
La conséquence est physique et inévitable : la lumière qui entre dans l'œil est répartie entre ces foyers. Chaque image reçoit donc moins d'énergie qu'avec un monofocal. C'est la source de tous les avantages et de tous les inconvénients de cette famille.
Ce que vous gagnez
Une indépendance aux lunettes que ne procure aucune autre solution. Selon les séries publiées, une large majorité de patients porteurs d'implants multifocaux se passent de correction dans la vie courante, lecture comprise. C'est un changement quotidien réel.
Ce que vous acceptez
- Une perte de contraste, particulièrement perceptible en faible luminosité.
- Des halos et des anneaux lumineux autour des sources la nuit. C'est la plainte la plus fréquente, et elle concerne surtout la conduite nocturne.
- Un délai de neuroadaptation de plusieurs semaines à plusieurs mois, pendant lequel ces phénomènes sont plus gênants qu'ensuite.
- Une exigence de précision accrue sur le calcul de l'implant : une erreur de puissance qui passerait inaperçue avec un monofocal devient gênante ici.
La question que je pose systématiquement
Conduisez-vous la nuit, et à quelle fréquence ? Un patient qui prend la route de nuit plusieurs fois par semaine (pour son travail, en zone peu éclairée) n'est pas un bon candidat, même si tous les critères oculaires sont réunis. La gêne n'est pas rare, elle est attendue, et peut ne jamais disparaître complètement.
Quand il est formellement écarté
Ce point n'est pas négociable, quelle que soit la demande du patient.
- Une DMLA, même débutante : la macula ne tolère pas une perte de contraste supplémentaire.
- Un glaucome avec atteinte du champ visuel : même raisonnement appliqué au nerf optique.
- Une rétinopathie diabétique, même minime, ou un antécédent d'œdème maculaire.
- Une cornée irrégulière, un kératocône, une sécheresse oculaire sévère non contrôlée.
Passé soixante-cinq ans, un candidat à la chirurgie de la cataracte sur deux présente au moins l'une de ces situations. C'est pourquoi le multifocal, malgré sa réputation, n'est posé que dans une minorité de cas.
Complications possibles
Ce sont d'abord celles de toute chirurgie de la cataracte, que je détaille sur la page cataracte. Trois tiennent à l'implant lui-même :
- L'opacification de la capsule postérieure : la membrane qui maintient l'implant peut se voiler avec le temps. On parle de cataracte secondaire, traitée par un laser YAG.
- Le déplacement de l'implant : il est rare.
- Des halos et une baisse du contraste : en contrepartie, l'énergie lumineuse étant partagée, le contraste baisse et des halos autour des lumières sont fréquents, surtout les premiers mois.
Et si le résultat ne convient pas
L'échange d'implant est techniquement possible, mais c'est une seconde intervention intraoculaire, avec ses propres risques. Elle reste exceptionnelle. La bonne prévention est en amont : une information complète, et un renoncement assumé quand les conditions ne sont pas réunies.
L'implant multifocal, avec et sans torisation
Des anneaux diffractifs répartissent la lumière entre plusieurs foyers : loin, intermédiaire et près. C'est la seule famille qui couvre les trois distances sans lunettes. En contrepartie, l'énergie lumineuse étant partagée, le contraste baisse et des halos autour des lumières sont fréquents, surtout les premiers mois.
Plusieurs foyers se partagent la lumière : loin, intermédiaire et près. En contrepartie, des halos autour des lumières sont fréquents les premiers mois.
Toutes les distances, plus la correction de l'astigmatisme. C'est l'implant qui exige l'alignement le plus rigoureux.
Vision nette sans lunettes Confort variable Lunettes nécessaires Repères d'axe torique
Cet implant suppose une cornée régulière, une rétine saine et un patient informé du compromis : il ne convient pas à tous. Le choix se fait au cas par cas : cornée, rétine, habitudes visuelles, tolérance aux halos.
Dr Emmanuel Halimi
Chirurgien ophtalmologue · RPPS 10100555084 · Ordre des médecins des Hauts-de-Seine n° 92/23003
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